SUICIDE ET EUTHANASIE

Elle m’a demandée une euthanasie, devant son fils,

Je suis médecin à l’hôpital, gastro-entérologue. Il y a environ un an, une femme de 79 ans a été hospitalisée pour une hémorragie qui a révélé un cancer du colon. Le bilan fait a permis de montrer que la tumeur, limitée, était extirpable. Malheureusement, elle avait aussi une maladie cardiaque, sévère, et les cardiologues ont jugé qu’il était trop dangereux pour elle d’être opérée.  Lorsque je lui ai annoncé cette décision, prise de façon collégiale avec les chirurgiens, les anesthésistes et les cardiologues, elle s’est immédiatement écriée :

« vous êtes inhumaine, docteur. »  De fait, la vérité était lourde à porter.

Elle m’a demandée une euthanasie, devant son fils, qui l’accompagnait et qui en a été choqué.

Bien entendu, j’ai refusé et j’ai essayé d’aller plus loin, non pour me justifier, mais pour comprendre pourquoi elle avait réagi si violemment. J’ai ainsi appris qu’elle avait à sa charge une fille adulte, handicapée, qu’elle avait de plus en plus de mal à assumer. Noël approchait et  je lui ai proposé d’organiser un retour à son domicile, en renforçant les aides, et de la revoir une quinzaine de jours plus tard pour faire le point.

Je lui ai glissé qu’elle avait beaucoup à donner à sa fille, avant sa propre mort, et que cela pouvait la soutenir moralement. En fait, elle n’est pas revenue me voir, mais j’ai reçu en février une lettre très gentille pour me remercier, parce que sa fille venait de mourir, et que l’ayant portée jusqu’au bout, elle se sentait maintenant apaisée.  Elle est elle même morte quelques mois plus tard. La fin de sa vie a donc été naturelle, et je ne suis pas sûre qu’une légalisation de l’euthanasie aurait permis cette approche pourtant riche en humanité.

Je crois qu’on a euthanasié mon père

Mon père est mort il y a maintenant 10 jours. Il avait un cancer du poumon. Nous savions qu’il était en fin de vie et nous le visitions chaque jour, sauf ce sacré vendredi, jour de sa mort. Nous comptions, ma mère et moi  passer avec lui ce week-end que nous pensions bien être le dernier. L’équipe médicale nous a averties qu’il était dans le coma et en arrivant c’était trop tard. On ne nous a rien expliqué. On a senti comme un mystère. J’ai l’étrange sentiment qu’on a accéléré sa mort. On sentait qu’il souffrait les derniers jours, il était sous morphine et on avait augmenté les doses. Je n’arrive plus à dormir. J’ai l’impression qu’on nous a volé sa mort. Je n’ai personne à qui en parler, car je ne veux pas troubler ma mère,  c’est pourquoi je m’adresse à vous. Est-ce que des médecins ont le droit de provoquer la mort d’une personne sans son avis ou  l’avis de sa famille ? J’ai besoin de savoir même si je sais bien qu’on ne peut plus revenir en arrière.