FAUSSE-COUCHE

Dans mon entourage les fausses-couches, c'est le non-événement

Bonjour! Je m'appelle Camille et j'ai trente ans. Il y a cinq ans j'ai commencé une grossesse alors que je venais d'avoir un bébé quelques mois plus tôt. Optimiste de nature, j'étais heureuse. Assez vite après avoir réalisé que j'étais enceinte j'ai perdu du sang mais le médecin m'a rassurée, un petit décollement du placenta selon lui, rien de grave. Les semaines passent et mon moral décline. Du coup je retourne le voir, surtout que je continuais à perdre du sang, pas beaucoup mais qu'en même ça m'inquiétais. Pour me tranquilliser, il m'envoie passer une écho : "Si vous êtes en train de faire une fausse-couche, on sera fixé". La dame qui me fait passer l'écho est sympa, décontractée elle m'annonce que le bébé ne vit plus et ajoute : "De toute façon il n'avait rien dans le crâne!". Devant ma tête décomposée elle précise avec un peu moins de légèreté cette fois, que j'aurais pu mener cette grossesse à terme mais que vu les circonstances il vaut mieux se réjouir que cela se termine à deux mois et demi. Les choses sont moins douloureuses à ce stade. Je n'ai jamais oublié cette femme et je me suis dit que la nature faisait son boulot, ce bébé ne pouvait pas vivre, c'était donc mieux ainsi. J'ai gardé ça pour moi et remonté la pente tranquillou, dans mon entourage les fausses-couches c'est le non-événement! Longtemps après j'ai eu une journée "noire", le moral complètement en chute libre, j'ai pleuré comme une madeleine sans savoir pourquoi. Comme je le disais avant, ce n’est pas trop mon truc d'habitude de pleurer. Mon ami était dérouté et a fini par me dire : " Après tout si tu as besoin de pleurer, pleure !" On a réalisé quelques jours après que ces larmes inexpliquées et inexplicables m'étaient montées aux yeux le jour du terme de cette grossesse interrompue naturellement les mois passés. Avec du recul je trouve ça beau que notre corps ait une mémoire, nous ne sommes pas des machines,...

J’étais enceinte de près de trois mois

Au mois d'avril dernier j'ai fait une fausse couche alors que j'étais enceinte de près de trois mois. La semaine précédant l'échographie de la fin du troisième mois j'étais inquiète car soudainement je ne ressentais plus aucun signe de grossesse. Le lundi 10 avril j'ai eu un premier saignement et dans la nuit du lundi au mardi cela s'est poursuivi. Je craignais le pire en arrivant avec mon mari dans le bureau du gynécologue le mardi matin pour l'échographie prévue depuis un mois et demi. En effet notre enfant était mort depuis une dizaine de jours d'après le médecin. C'était très douloureux mais j'ai beaucoup apprécié l'attitude respectueuse de ce médecin qui m'a laissé le temps de pleurer et qui a pris un instant pour voir avec nous comment bous désirions faire: soit laisser faire la nature avec le risque que cette fausse couche prenne du temps et la difficulté pour toute la famille et moi-même de cette attente seule à la maison. Le médecin nous proposait si nous le préférions de pratiquer une aspiration dans la journée et que je puisse rentrer le soir chez nous. Cela nous semblait préférable mais j'ai exprimé le désir que le corps de notre enfant soit respecté, honoré. Il fallait faire un choix , nous avons finalement opté pour la solution de l'aspiration.

De retour de la salle d'opération, mon mari est venu me rejoindre. Nous étions tristes mais paisibles. Le gynécologue est passé nous voir: il nous a dit que le corps de notre enfant était intact car les contractions avaient été très efficaces et lorsque j'avais été endormie il avait juste eu à recueillir le corps du bébé. Se rappelant notre hésitation du matin il nous proposait, si nous le souhaitions, de voir le corps de notre petit garçon avant qu'il ne soit incinéré à l'hôpital. C'est avec grande émotion que nous nous sommes recueillis devant le corps de notre enfant. Mon mari a pu "craquer" à ce moment. Ce fut un temps d'émerveillement devant ce petit, un moment pour lui donner un nom, un moment pour se recevoir pleinement comme ses parents, un moment pour lui dire adieu. Nous étions dans une paix profonde.

La psychologue du service est passée à cet instant, elle nous avait déjà rencontrés le matin. Elle nous a invités à ne pas hésiter si nous le désirions à donner un nom à notre fils, nous étions à ce moment tellement dans l'idée d'associer  nos grands enfants que nous voulions attendre le retour en famille pour le faire. C'était le petit coup de pouce qui nous manquait et quelle joie nous avons eue à l'appeler Gabriel!

J'ai été touchée de voir combien la délicatesse et la compétence professionnelle étaient d'un grand secours dans une situation de souffrance. Pas un mot déplacé n'a été dit qui rajoute du poids à notre souffrance, nous nous sommes sentis aidés discrètement, respectés dans nos décisions.

Je découvre que la fécondation s'est mal passée

Depuis que j'ai 20 ans, je me demandais si un jour j'arriverai à avoir des enfants suite à la 1ère consultation gynécologique chez une gynécologue qui m'avait complètement traumatisée. Je suis ressortie de ce premier rendez-vous, je devais avoir 20 ans, ne me sentant pas normale, et stérile. J'en avais parlé à une amie qui m'avait dit que tout cela était ridicule, ce qui m'avait un peu rassurée et finalement c'est en en parlant à ma sœur que j'ai été complètement rassurée quand elle m'a dit que dans la famille on était super fertile, notre maman ayant réussi à être enceinte 3 fois sans le vouloir. C'est donc avec grande joie que je suis enceinte dès le "premier essai" Alors que j'ai 26 ans (en 1997).  Tout se déroule bien jusqu'à ce que 2 mois plus tard je perde du sang et qu'on me dise à mon cabinet de gynécologie (3 femmes débordées de patientes) que ce n'est pas grave et d'attendre mon rendez-vous dans 1 semaine. Ne voulant pas attendre, je trouve un autre rendez-vous ailleurs. La gynécologue m'envoie faire une échographie ailleurs dans la foulée. C'est alors que je découvre que la fécondation s'est mal passée, qu'il s'agit d'un œuf clair. Je suis bien triste, toute seule face à cet échographe qui me dit que ce n'est pas grave et que je serai enceinte le mois suivant. Puis 15 jours plus tard, je finis par perdre ce faux bébé à la clinique avec un personnel qui ne m'explique rien, froid. J'avais cherché de la documentation entre temps sans trop de succès. Enfin cette épreuve passée,  j'étais épuisée et les mois suivants toujours pas de bébé.  Et ma vieille peur qui réapparait. Enfin  6 mois après, notre premier bébé sera  en route, un garçon né en 1998 et sera suivi de 2 autres en 2001 et 2005, sans que nous ayons eu à attendre, immense chance que nous mesurons.