Nous étions mariés depuis plusieurs années et n’arrivions pas à avoir des enfants ; nous avons donc commencé à consulter un médecin gynécologue qui nous a fait passer des examens à tous les deux ; nous n’étions pas stériles mais plutôt hypofertiles et il fallait donc nous aider un peu ; j’ai donc commencé à être stimulée au niveau de mes ovaires pendant plusieurs mois sans succès ; notre médecin était très confiant et nous disait que nous allions y arriver ; puis petit à petit elle nous a proposé d’essayer une autre technique l’insémination artificielle avec le sperme de mon mari ; nous passions là un cap car il ne s’agissait plus d’agir uniquement sur mon corps pour donner un coup de puce à mon ovulation ; il s’agissait , après avoir recueilli le sperme par masturbation, de le déposer dans le col de mon utérus ; nous n’étions pas très à l’aise avec mon mari de recourir à ce procédé mais le désir d’enfant était tel et le discours du gynéco tellement persuasif que nous nous sommes lancés . Il a fallu donc recommencé une stimulation d’ovulation, pour nous donner de meilleures chances, puis surveiller par échographie le meilleur jour pour inséminer, et le jour J, prélever le sperme et ensuite le déposer à l’aide d’une pipette dans le col. Le prélèvement de sperme fut pour mon mari une épreuve très difficile qui créa chez lui un sentiment de malaise et de culpabilité.
J’attendais dans une salle que son sperme arrive… C’est difficile de raconter ce que l’on peut ressentir à ce moment là ; la seule chose dont je me souvienne c’est que je me sentais mal, j’étais seule dans cette pièce et j’aurais aimé être ailleurs. Quand la gynéco est arrivé avec la pipette, j’avais hâte que cela soit fini ; j’ai retrouvé peu après mon mari dans la salle d’attente et nous sommes repartis. L’attente pour savoir si j’étais enceinte commençait ; c’était une obsession de tous les jours ; finalement cela n’a pas marché et la gynéco nous a conseillé de recommencer dans quelques semaines. Nous étions tellement dans ce désir d’enfants que nous nous laissions mener par le processus ; on nous présentait cela comme le parcours normal à suivre. Mais nous sentions bien que cela nous échappait, que nous n’étions pas vraiment en adéquation avec ce qu’on nous proposait de faire ; cependant nous avons continué en essayant d’y croire. La deuxième fois n’a pas mieux marché et la gynéco nous a proposé autre chose. A cette époque les chercheurs étaient en train de mettre en place une nouvelle technique de procréation médicalement assistée qui concernait surtout les couples dont le sperme du mari n’étaient pas assez « performant » : l’icsi ; il s’agissait de prélever du sperme et de sélectionner les spermatozoïdes les plus robustes pour les mettre en contact avec des ovules prélevés chez la femme et espérer un embryon ; la gynéco nous a dit que c’était révolutionnaire et que cela avait toutes les chances de fonctionner pour nous. A ce moment là nous n’avions pas pensé avoir recours à la FIV, c’était une étape de plus que nous n’avions pas vraiment envie de franchir. Mais le médecin était très persuasif et nous poussait beaucoup. Un jour je lui ai parlé d’adoption dans son cabinet et sa réaction a été étonnante ; au lieu de me dire que cela pouvait être une solution pour nous, elle m’a dit que nous aurions certainement des enfants biologiques en nous laissant aider. Nous avons demandé à prendre du temps pour réfléchir et nous avons donc arrêté tout traitement pendant quelque temps. Notre désir était toujours aussi fort, mais nous ne voulions pas un enfant à n’importe quel prix. Nous étions partagé entre ce ras le bol de nous sentir des objets entre les mains de la médecine et ce désir de plus en plus fort d’être enfin parents.
Nous nous sommes renseignés sur cette nouvelle technique et nous avons appris qu’elle était encore expérimentale et que les scientifiques avaient besoin de la pratiquer beaucoup pour voir les résultats qu’on pouvait en attendre. Nous avons appris d’ailleurs par la suite que pour la première fois dans le domaine des PMA, elle n’avait même pas fait l’objet du parcours normal d’expérimentation sur l’animal… De plus, nous avons appris que l’hôpital de Montpellier, comme les autres d’ailleurs, devait l’avoir essayée sur un certain nombre de couples pour avoir droits aux subventions concernant la PMA. Cela nous ramenait à l’état de cobayes, ce que nous ne souhaitions à aucun prix. Nous avons donc refusé à la grande déception de ma gynéco qui ne comprenait pas notre position. Nous avons donc tout arrêté quelque temps jusqu’à ce que mon mari tombe malade ; il avait un cancer du testicule. Cela a été la douche froide, surtout lorsque le cancérologue nous a dit que les traitements pouvaient le rendre stérile complètement. Il nous a alors fortement conseillé, d’abord de faire une fécondation in vitro le plus vite possible, avant son opération et les traitement qui suivraient, puis de congeler du sperme pour l’avenir. Sans avoir le temps de prendre du recul, nous nous sommes lancés dans une FIV ; nous nous sommes dit que si nous ne la tentions pas, nous risquions de le regretter. Nous avons tenté de justifier notre décision par le fait qu’il s’agissait d’un projet de couple. Nous avons donc recommencé tout le processus et avons attendu avec un espoir fou que cela marche. Encore une fois l’échec était au bout. Malgré la déception, nous étions très soulagés de tout arrêter. La maladie de mon mari nous a permis de nous poser et de réfléchir sereinement à ce que nous souhaitions réellement.
Petit à petit nous nous sommes tournés vers l’adoption. Nous nous sentions bien dans cette démarche, ayant compris que notre désir était avant tout d’accueillir un enfant dans notre famille, mais pas à tout prix un enfant biologique. Malgré les difficultés et la longueur de la procédure, nous étions dans un climat de paix , nous préparant lentement à accueillir un enfant venu d’ailleurs. Nous avons décidé de demander la destruction du sperme congelé, ne voulant plus jamais avoir recours aux PMA. Nous avons adopté notre premier enfant quelques années plus tard puis un second. Nous sommes aujourd’hui des parents comblés.
Au cours d'un début de grossesse rapidement arrêté spontanément, le médecin n'a pas décelé une grossesse extra utérine qui évoluait parallèlement. Au bout d'un moment, il y a eu une hémorragie interne que je ne soupçonnais pas, puisque mon médecin m'avait annoncé que la grossesse était interrompue. Je me sentais de plus en plus mal, jusqu'à avoir un malaise et à ne plus pouvoir tenir debout. En fait, je me vidais de mon sang, en interne. Heureusement, mon mari était là. Il a insisté pour faire venir une ambulance. A l'hôpital, j'ai été opérée tout de suite, car ma vie était en danger. Ce n'est qu'ensuite que j'ai appris ce qui s’était passé. Le bébé a perdu la vie en même temps. C'est mon grand regret, car je ne peux m'empêcher de penser qu’en voulant me sauver, le médecin n'a pas cherché à le sauver en même temps. D' ailleurs, il n'en a jamais été question, comme si c'était rien du tout, une vie négligeable car encore trop petite et trop faible pour être considérée et respectée comme telle. Grâce à cette opération d'urgence, je suis encore en vie. Nous n'avons pas pu avoir d'enfants biologiques, mais en avons adopté deux (pour le moment), deux cadeaux d’autres femmes et hommes qui nous les ont confiés.
Malgré les nombreux gynécologues que nous sommes allés voir, sans compter les passages en urgence, les multiples analyses médicales dont certaines vous mettent dans des conditions bien humiliantes, les interventions chirurgicales et les innombrables échographies, les analyses des spécialistes se sont résumés à deux conclusions: "C'est psychologique" ou "l'insémination artificielle palliera votre désir".
Nous n’avons jamais été dupes ! Pour nous ces avis étaient des solutions de facilité. Voici concrètement comment les rendez-vous se déroulent la plupart du temps : on nous appelle comme un numéro au milieu de plein d'autres numéros en salle d'attente. On entre dans le cabinet : "Bonjour Madame, asseyez vous et dites moi tout".
Au bout d'une minute de prise de parole, avant même qu'on ait eu le temps de dire l'essentiel et tout le poids que ça représente pour nous, on est coupé :"avez-vous des résultats d'analyses sur vous, je veux les consulter deux minutes !" Et les voici "abêtis" devant des chiffres qui auront beaucoup plus de signification pour eux que tout ce qu'on pourra leur confier ! (…) Voyez comme les médecins font davantage confiance aux statistiques qu'aux propres et précieuses intuitions de leurs patients ! Ils veulent des preuves ! En ce qui nous concerne, c'est seulement après avoir perdu 3 bébés qu'ils se réveillent : "Maintenant que vous avez fait 3 fausses couches, on vous croit et on va prendre les choses en main !" Dans cette attente infernale, où l'attention efficace du corps médical aurait été si précieuse et même pour une grande part thérapeutique, nous ne nous sommes jamais sentis aussi démunis, seuls et livrés à nous même !
Aujourd'hui nous sommes néanmoins plein d'espoir puisque les médecins semblent enfin se pencher sur nous et surtout nous nous lançons dans la grande et merveilleuse aventure de l'adoption. Cette décision nous détache et nous épanouit énormément tant nous sommes persuadés que la parentalité est d'abord le don de l'amour.
A tous les couples vivant notre situation, nous tenons à dire qu'à leur souffrance liée à leur brûlant désir d'enfanter, répond comme un cri, le besoin d'amour parental de tant d'enfants abandonnés en France et dans le monde.
Dans notre parcours de FIV, j’ai trouvé les contacts avec les docteurs très impersonnels, on se sentait perdus dans la masse. On ressentait beaucoup de difficultés à se faire entendre et à dialoguer. Les médecins nous ont proposé tout de suite des FIV, sans explorer les causes. Tout a été très hâtif. Tout de suite, on était classés dans un dossier, sans aucune ouverture possible au dialogue. Ensuite, je suis rentrée dans les soins, à savoir les stimulations hormonales : c’était horrible ! On n’avait pas le choix. Un médecin un jour m’a dit : « mais vous n’avez pas à choisir, c’est la sécu qui paye ! » Alors, cela a été trop. Nous avons changé de docteur. Mais il n’y a jamais eu aucun suivi. Nous allions d’échec en échec. Nous recevions des lettres de relance pour faire une nouvelle tentative de FIV... On a constaté que le suivi dans le public ou le privé, c’était pareil. Mais, nous avons été aussi choqués de la différence de traitement. Pour être reçu dans un même service, en passant par la filière publique, il y avait un délai d’attente d’un an, alors qu’en prenant un rendez-vous par la filière privée dans ce même service, on avait tout de suite un rendez-vous. Nous avons été très choqués et eu l’impression d’être pris vraiment uniquement pour des machines à sous.
Souvent, les docteurs perdent la notion de facteurs psychologiques… c’est très brutal. Un jour, lors d’une consultation, à l’annonce d’un diagnostic, mon mari est tombé dans les pommes. Le médecin m’a demandé d’un ton agressif ce qu’il avait, il lui a donné deux claques pour lui faire retrouver son esprit. J’ai essayé de lui dire que si mon mari était tombé dans les pommes c’était peut-être parce que ses propos avaient été un peu trop agressifs, mais elle (le médecin) ne s’en est pas rendu compte. Il y avait vraiment une grande brutalité dans ces traitements. On était vraiment instrumentalisés, on avait l’impression de faire la queue comme à la SNCF. On se sentait vraiment seuls dans ce parcours, et on avait l’impression d’aller vers un chemin de mort. Tout était déshumanisé et c’est vrai aussi que ces dopages hormonaux finissent par détraquer l’équilibre moral.
Aucun docteur ne nous a jamais parlé de l’adoption. Nous avons eu ce projet et avec ce projet, on avait l’impression d’aller vers un chemin de vie. On savait que cela aboutirait, on allait vers un enfant. » Depuis nous avons adopté deux enfants et espérons un troisième.
Quand les médecins nous ont proposé la technique FIV, il a d’abord été question d’une expérimentation : la première stimulation et le premier prélèvement d’ovules devaient permettre à l’hôpital de faire de la recherche : Il fallait donner notre consentement…. Rien ne nous a été dit sur ces recherches, mais, avions-nous vraiment la liberté de refuser, alors que nos espoirs étaient entre leurs mains ? Nous nous sentions comme des « obligés » qui ne peuvent pas refuser un petit service à la science alors que nous en « profitions » !
Alors nous avons donné ce consentement, sans même oser poser de questions.
A 44 ans j'ai subi une istérectomie (ablation de l'utérus) Apres trois jours d'hospitalisation je me suis retrouvée sur le parking de l'hôpital pour rentrer chez moi et là une émotion incontrôlée m'a saisie, une détresse m'a envahie et je me suis sentie submergée par un profond désespoir. Mon mari à mes côtés me semblait à des années lumière ; en trois jour je n'étais plus la même femme et ça personne ne pouvait le comprendre ; j'avais perdu à tout jamais mon petit berceau d’amour, j'avais perdu trop tôt le don de la vie. Je me suis sentie si seule. Toutes les bonnes consolations faciles n'y faisaient rien : cette amputation réveillait en moi le bébé perdu 14 années avant ; juste une "fausse couche" soit disant. J’ai mis du temps à retrouver un équilibre psychologique, à ne pas juger sévèrement celles qui se faisaient avorter.
Je n’ai jamais souffert de mon adoption. J’ai une famille qui m’a très bien accueillie. Je l’ai toujours su. J’ai toujours pensé à ma mère biologique en la remerciant d’avoir poussé sa grossesse jusqu’au bout. Sinon, je ne serai pas là. De la part de cette personne, cela a dû être très dur d’abandonner son bébé. J’ai été adoptée tard, à 7 mois, car l’organisme sentait que ma mère avait une réticence à m’abandonner. C’étaient ses parents qui voulaient. Je voudrais la rechercher, maintenant que Maman est morte. La retrouver pour la remercier, pour qu’elle sache que je suis heureuse, que j’ai des enfants, une petite fille.