Lors de son discours au Congrès de l’UMP à la porte de Versailles le 14 janvier, Nicolas Sarkozy, en brossant le portait de la France au travers de l’évocation de personnalités emblématiques a déclaré : « Elle a la voix, la figure, la dignité d'une femme, d'une mère, rescapée des camps de la mort qui s'écrie à la tribune de l'Assemblée : "nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année mutilent les femmes de ce pays". Ce jour là, elle s'appelle Simone Veil. »
Quel que soit le respect qu’on doit porter à la figure de Simone Veil en tant que membre d’une famille éprouvée par la barbarie Nazie, il faut récuser l’amalgame entre cette donnée personnelle tragique et la question de la légalisation de l’avortement. Ce sujet toujours contemporain mérite un autre traitement que la citation qui a été retenue, car le chiffre de 300 000 avortements clandestins en 1975 est faux, et provoque un raisonnement faussé sur les 220 000 avortements annuels officiellement comptabilisés dans la France de 2007. Explication.
1) L’INED avait estimé l’avortement clandestin en 1974 à partir d’un calcul faussé :
- Partant du dernier nombre de décès maternels connus attribués à l’avortement (56 en 1963) et estimés à 1 pour 1000 des avortements (l’asepsie et l’antibiothérapie avaient déjà fait d’énormes progrès), l’INED avait, en 1974 abouti au chiffre de 56 000, mais n’avait pas osé publier cette estimation face au million d’avortements clandestins avancé par les promoteurs de la dépénalisation.
- L’INED avait ensuite décidé d’appliquer ce taux de 1 pour 1000 à l’ensemble des décès d’origine obstétricale, aboutissant à 400 000 accidents de grossesse dont il avait retranché 150 000 fausses-couches spontanées (chiffre connu). D’où le chiffre de 250 000 officiellement produit, que Madame Veil et les médias ont vite arrondi à 300 000.
- Ce tour de passe-passe énorme est effectué comme si les 850 000 naissances de l’époque n’avaient eu aucune conséquence en termes de mortalité maternelle, entièrement attribué à l’avortement (volontaire ou spontané).
2) En 1987, l’INED a commencé une timide rectification en estimant « un taux de 10 avortements pour 100 naissances semble un minimum incompressible ». Cela ferait 85 000 avortements par an en 1975… Il est difficile de dépasser une évaluation de 100 000 avortements clandestins.
3) Aujourd’hui il y a 220 000 IVG répertoriées pour 800 000 naissances (sans compter les avortements précoces par « contragestion »). Ce chiffre est en forte hausse (+3,6% entre 2003 et 2004, dernieres données connues).
La citation de Madame Veil renvoie à la préhistoire militante, et conduit à fausser, étouffer voire interdire le débat puisqu’elle fait croire que la dépénalisation a fait baisser le nombre d’avortements, tout en limitant le nombre de morts maternelles. En réalité – et c’est logique – la dépénalisation a accru le recours à l’avortement, devenu légal.
Le rétablissement de la vérité statistique ne devrait-il pas servir de préalable à tout débat enfin sérieux sur les causes et les conséquences de l’avortement dans notre pays, et son mode de prévention aujourd’hui en échec ?
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