14/03/2007

Euthanasie : le cancérologue Xavier Mirabel analyse «la violence d’un ‘merci’»

Comment expliquer l'attitude de Michel Druais, mari de la victime dans l'affaire de Saint-Astier ?

Lorsqu’il a appris de la bouche du Dr Tramois (qui était aussi membre de sa famille) qu’elle avait fait administrer une piqûre mortelle à sa compagne, Monsieur Druais s’était dit profondément choqué. Comme l’avait été l’infirmière Chantal Chanel, stupéfaite de découvrir la prescription létale, qu'elle allait cependant accomplir. Hier, à la barre du tribunal, on retrouvait pourtant le mari, non pas comme partie civile, mais comme témoin soutenant les accusées. Un témoin allant jusqu’à dire : « Merci ! » à celles qui ont mis fin aux jours de sa femme, à son insu.

Le cancérologue Xavier Mirabel, présent à l’ouverture du procès de Périgueux, analyse ce revirement :

« Lorsqu’une personne fait son dernier chemin, ses proches sont fragilisés : ils se sentent souvent impuissants face à la solitude et au mal-être de celui qui s’en va, et se sentent même parfois coupables, à cause des souffrances physiques ou morales de la personne en fin de vie, surtout si elles sont mal accompagnées. Il est naturel d’éprouver à ce moment une certaine impatience : vivement que tout cela s’arrête ! L’émotion, le stress, la fatigue accentuent encore cette attente. Nous avons donc tous fait l’expérience d’un certain ‘soulagement’, malgré la peine, en apprenant le décès d’un proche à la suite d’une ‘longue maladie’.

Pourtant, il est à nos yeux révélateur et particulièrement choquant aujourd’hui d’entendre à la barre des témoins ce mari remercier celles qui, en réalité, l’ont privé à la fois de la vérité et d’une vraie présence auprès de sa femme en interrompant artificiellement sa vie. Ce « merci » d’une victime médiatiquement amplifié révèle le danger du trop plein d’émotion.

Pour nous soignants, qui entendons heureusement des « merci » bien plus légitimes lorsque nous avons donné toutes ses chances au maintien de la relation et de la vérité entre nos patients et leurs proches, jusqu’au terme naturel de leur vie, ce merci-là résonne comme une forme de déni de tout notre travail. En remerciant la facilité, on l’encourage, on fait passer un mal pour un bien. Certes il s’agit de dénoncer la situation d’impasse dans laquelle les soignantes étaient visiblement enfermées, trop peu formées aux soins palliatifs ; et il ne s’agit pas d’en rajouter à la peine de Michel Druais qui tente naturellement de légitimer ce qui s’est passé. Mais comment rester silencieux lorsque la traduction médiatique de ce procès retient une parole synonyme de confusion, et même d’inversion du sens des mots ? Tout cela me fait penser à la tendance de certaines victimes à épouser la cause de ceux qui les ont spoliées. »

 

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