25/08/2008

Suicide de Rémy Salvat : au nom de la mère ?

Un jeune homme souffrant d'une maladie évolutive invalidante s'est suicidé le 10 août en prenant à partie le président de la République pour relancer le débat sur l'euthanasie.
 
Après avoir pris l'initiative d'annoncer aux médias le suicide de son fils, Régine Salvat pleure en direct sur France 2. Rémy avait vingt-quatre ans. En 1999, lorsqu'il n'avait que quatorze ans, elle avait elle-même tenté de le tuer. Un geste traduit ensuite par un non-lieu, et que son avocate et amie, Caty Richard, décrit comme celui d'une femme « épuisée » qui avait alors « suivi son impulsion ». Remy développait déjà depuis quatre ans la maladie invalidante qui a continué de s'aggraver jusqu'à son suicide.
En 1999, Régine Salvat n'avait pas parlé à son fils de son intention de lui donner la mort, mais ce dernier ne lui aurait souvent reproché depuis que « de l'avoir loupé ». Devenu un jeune adulte handicapé il a donc pris le relais du bras maternel le 10 août 2008 et s’est infligé une surdose médicamenteuse, non sans avoir prémédité et orchestré cette sortie : lettre envoyée au mois de mai au président de la République lui demandant, à l'image de Vincent Humbert qu'il cite, qu'on lui « permette de mourir », corps vêtu d'une tenue d'Aïkido, son sport préféré, cassette audio mettant en cause la réponse du président de la République et demandant à ses parents, selon sa mère, de « poursuivre son action » et jusqu'au souhait de voir ses cendres dispersées au Japon.
Maitre Caty Richard, qui a aussi plaidé récemment avec succès l'acquittement de Lydie Debaine, autre mère qui avait mis fin aux jours de sa fille handicapée, veut voir dans le suicide de Rémy Salvat un « acte militant ». Elle explique que « le gamin » s'intéressait aux affaires Humbert et, surtout, Debaine. Cette dernière l'aurait influencé dans sa décision de se suicider seul, afin que sa mère n'ait pas de problème. « Il a voulu m'épargner » confie cette dernière au Parisien en confirmant au Monde que son fils « suivait les affaires de droit au suicide assisté, comme l'affaire Chantal Sébire ». Pour cette mère endeuillée l'acte ultime de son fils est même « l'épilogue » du livre qu'elle vient de terminer sur son histoire où elle raconte son propre acte et accuse la Justice et l'Education nationale.
Jusqu'à maintenant, les commentateurs rendent compte du suicide de Remy sans en analyser l'élément le plus troublant : cette réplique à l'âge adulte d'un acte déjà tenté par la mère à l'adolescence. Comment un fils peut-il se remettre à vivre et à espérer quand sa propre mère lui a signifié qu'il valait mieux qu'il meure plutôt qu'il vive ? Comment Remy a-t-il pu considérer l'approbation quasi-générale du meurtre du jeune Vincent Humbert puis l'acquittement par la Justice d'une autre mère meurtrière ? Quelle est la signification psychique de sa caution à la tentative d'infanticide qu'il a subi neuf ans plus tôt ? Il semble que Rémy ait dicté à ses parents la lettre destinée au président Sarkozy, comme s'il devait cautionner la désespérance maternelle par sa propre désespérance. Derrière la mort de Remy Salvat, il y a peut-être beaucoup d'amour, mais plus certainement une immense confusion. Et son suicide ressemble étrangement à un infanticide par procuration.
Le contexte familial et social démontre ici toute son influence perverse sur l'image d'elle-même qu'une personne handicapée peut élaborer. Dans notre société, vivre dépendant est de plus en plus assimilé à une déchéance et à une indignité. C'est la porte-ouverte à de nouvelles demandes motivées par la peur de l'aggravation d'un handicap. « Je ne veux pas qu'on m'oblige à vivre en s'acharnant sur mon corps si j'en suis prisonnier » avait fait écrire Remy. Désormais, par un habile retournement, dialectique les militants de l'euthanasie légale considèrent que l'interdiction de l'euthanasie fait le lit du suicide « Vous ne m'avez pas laissé le choix » aurait déclaré Remy à l'adresse de Nicolas Sarkozy dans son ultime message. Au lieu de mourir plus tard, d'une mort médicalement assistée en tenant la main des siens, le jeune homme aurait été condamné à mourir seul et prématurément dénonce en substance Caty Richard avant de conclure « il ne faut plus laisser les gens le faire seul, c'est criminel ». Nicolas Sarkozy, dans sa réponse perçue comme négative par le jeune homme, avançait « des raisons philosophiques personnelles » pour estimer « qu'il ne nous appartient pas, que nous n'avons pas le droit, d'interrompre volontairement la vie » mais évoquait « le dialogue au chevet du malade (…) afin que soit trouvée la solution la plus adaptée à chaque situation ». Une réponse saluée par le cardinal Philippe Barbarin. « Un président de la République, ce n'est pas Dieu le père a résumé l'archevêque de Lyon après avoir estimé qu'« encourager ceux qui ont envie de mourir » serait « un vrai désastre ».

 

 

<< Retour