08/01/2008

2007 : l'année bioéthique

Bilan d’une année 2007 où la passion pour les questions de société ne s’est pas démentie.

Après le round d’observation préélectoral, c’est à l’automne qu’ont commencé les empoignades.

En contradiction avec sa charge de campagne contre l’idéologie soixante-huitarde, Nicolas Sarkozy, devenu président, laisse sa ministre de la Santé reprendre à son compte une revendication du Planning familial. Discrètement, par le biais de la loi automnale de financement de la Sécurité sociale, voici plus de 1 000 centres de planification familiale et de santé incités à diffuser la pilule abortive RU 486. L’« IVG médicamenteuse » sort de l’hôpital pour être vécue à domicile. Pris de cours, les députés ont à peine le temps de réagir et se mobilisent peu. Mais les sénateurs bataillent ferme : à la Haute assemblée, la réforme ne passe que grâce à la gauche, comme en 1975.

Début de la vie : RU 486 et vieilles ficelles

À la rentrée de septembre, une nième campagne publicitaire officielle promeut la contraception malgré l’échec des éditions précédentes. Les 40 ans de la loi Neuwirth sont célébrés sur fond de lassitude des femmes : c’est désormais pour les libérer de la pilule qu’on prône… d’autres méthodes contraceptives. Deux signes d’espoir, toujours à l’automne : en France, le docteur Stéphane Cleret, qui n’a rien d’un militant anti-IVG, détaille, dans son livre Quel âge aurait-il ? les conséquences psychiques de l’avortement ; en Espagne, le scandale des filières d’avortements tardifs illégaux éclate enfin.

Bioéthique : le clonage ringardisé par la science

En novembre, une découverte majeure change la donne bioéthique : la transformation des cellules adultes en cellules souches pluripotentes. Par ailleurs, les potentialités thérapeutiques des cellules souches du cordon ombilical sont de plus en plus démontrées. Les militants de la recherche sur l’embryon ne désarment pas, mais certains chercheurs annoncent qu’ils abandonnent cette orientation. Ian Wilmut – « père » de la brebis clonée Dolly – renonce au clonage humain qu’on prétendait « thérapeutique ». Même si la polémique du Téléthon 2006 s’est estompée, les dons de l’édition 2007 sont en baisse. Faut-il y voir la conséquence du seul mauvais temps ou celle du refus du « fléchage » des dons ? En tout cas les options stratégiques de l’AFM sont ouvertement contestées. La plupart des scientifiques, plus pragmatiques qu’idéologues, préfèrent trouver sans transgresser l’éthique. En France, les travaux préparatoires à la prochaine révision des lois de bioéthique ravivent les revendications : légalisation des mères porteuses (pour le moment interdites), de la recherche sur l’embryon (pour le moment seulement autorisée à titre dérogatoire) et de l’assistance médicale à la procréation pour les personnes homosexuelles.

Sexe : entre errance et exhibition

L’élection présidentielle se traduit, sans débat, par l’alignement fiscal du pacs sur le mariage. Mais la célébration solennelle d’un « mariage homosexuel » à laquelle aspirent ceux qui revendiquent « l’égalité des droits » semble s’éloigner, de même que le contrat sarkozien d’union homosexuelle en mairie que le lobby gay juge « stigmatisant ». La France semble aussi résister à l’homoparentalité qui subit des revers judiciaires en Cassation. Pendant ce temps, le divorce express, sans juge ni avocat, est instauré (peut-être en partie en raison de la rupture du couple présidentiel ?). La France se targue de décréter le libertinage indolore, malgré les dégâts collatéraux, surtout sur les femmes et les enfants. L’expo conformiste de l’année, « zizi sexuel », s’inscrit dans cette veine culturelle. Archétype de l’instabilité affective post-soixante-huitarde, Nicolas Sarkozy exhibe une nouvelle conquête avec la chanteuse Carla Bruni. Sur Internet, c’est l’intimité la plus crue de la championne de natation Laure Manaudou qui est diffusée, peut-être par son amant éconduit. Miss France, Valérie Bègue se laisse également piéger par d’anciennes photos douteuses. En investissant l’univers des « people », l’audience de la pornographie explose sans tapage.

Fin de vie : orchestration plombée

Le lobby de l’euthanasie comptait au printemps sur le procès de Saint-Astier pour forcer l’adhésion des candidats à l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy semble alors fragilisé. Une levée de boucliers de son camp le fait se reprendre. En fin d’année, la diffusion longtemps reportée par TF1 du téléfilm Marie Humbert, l’amour d’une mère devait relancer le débat en faveur d’une « loi Vincent Humbert » dépénalisant l’euthanasie. Mais les révélations du kinésithérapeute du jeune homme (« Il ne voulait pas mourir ») enrayent la machination médiatique, d’autant que Denys Pellerin, président honoraire de l’Académie de médecine, crédibilise le témoignage d’Hervé Messager par une lettre aux parlementaires. Par ailleurs, l’ADMD se fracture avec le départ d’Henri Cavaillet et la mise en examen d’une ancienne Secrétaire générale pour détournement de fonds. Le lobby de l’euthanasie a-t-il du plomb dans l’aile ?

 

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