30/10/2008

L’ADMD détourne le 2 novembre pour l’euthanasie

L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) veut faire du 2 novembre, jour des morts, la « première journée mondiale pour la légalisation de l’euthanasie ».

Jean-Luc Romero assume : « La date est symbolique ». Dans sa présentation à la presse de son nouveau concept, le président de l’ADMD ne cache pas qu’il s’agit de récupérer le 2 novembre pour en faire la journée emblématique de ce qu’il nomme « l’ultime liberté ». Le projet de l’ADMD s’inscrit dans le cadre du 17e congrès de la Fédération mondiale des sociétés pour le droit de mourir qui se déroule à Paris du 30 octobre au 2 novembre. L’invitation publique de l’ADMD n’hésite pas à entretenir la confusion : « Venez nombreux rappeler la mémoire d’un être aimé, disparu dans d’inutiles souffrances. Venez déposer, sur un billet, son nom et/ou une pensée que nous collecterons. Un geste d’amour, un acte de solidarité pour magnifier notre ultime liberté. Un signe partagé par des hommes et des femmes de 24 nations. Un rassemblement paisible pour justifier publiquement notre action. »
C’est au parvis des droits de l’homme du Trocadéro que se déroulera la cérémonie annoncée. Parasitage – d’aucuns diront profanation – d’une journée qu’on imaginerait plutôt celle de la trêve et du recueillement. Mais c’est dans la mémoire des fins de vie difficiles, source de peur pour de nombreux Français, que l’ADMD puise son énergie militante. Et entretient sa colère. Jean-Luc Romero ne cache pas la sienne à l’approche des conclusions de la mission Leonetti qu’il suspecte d’ores et déjà « d’accoucher d’une souris ». Lorsque Rachida Dati a exprimé devant la mission son opposition à la modification de la loi, l’ADMD a carrément accusé le Garde des Sceaux de proposer « d’observer les patients souffrir… sans rien faire pour les soulager ! »
La radicalité - voire l'outrance - de l'ADMD a tout de même provoqué, l’été dernier, sa fracture. Son vice-président Gilles Antonowicz, qui fut également avocat de Chantal Sébire, en a claqué la porte, reprochant à son président de promouvoir sans limite le suicide assisté.
Il ne faut peut-être pas s'étonner que l’ADMD peine à se faire entendre des décideurs alors qu’elle clame avoir gagné la bataille des sondages. Comme pour la peine de mort, un écart d’information et de réflexion semble persister entre les citoyens et leurs élus. Les seconds sont conscients du risque de disloquer le fragile équilibre du système de santé, à partir du moment où il entrerait dans la mission du médecin d’administrer la mort.
Quoi que prétende Jean-Luc Romero, on sait que la légalisation ne signifie en rien l’extinction des pratiques illégales. Quand tuer n’est plus tabou, elles tendent à se développer à la marge.
Même la gauche n’épouse pas unanimement la cause de l’euthanasie. Certes, Bertrand Delanoë est annoncé à la réunion publique que prépare Jean-Luc Romero le 31 octobre à l’Hôtel de ville de Paris, et de nombreuses personnalités médiatiques s’affichent à ses côtés. Mais les plus écoutées maintiennent leur prévention, à l’image de l’ancien Garde des Sceaux Robert Badinter ou du professeur Axel Kahn, également proche du maire de Paris.
Quant aux militants de l'euthanasie, non contents de détourner les journées de commémoration des chrétiens, ils n’hésitent pas à récupérer leur vocabulaire : Jean-Luc Romero vient encore de dire de Marie Humbert qu’elle était « une vraie martyre ».

 

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